Le capitalisme est une guerre où les classes dominantes visent à pressurer toujours davantage celles et ceux qu’elles exploitent. Mais quand la situation se tend, alors que les réflexes de solidarité pourraient constituer une menace contre la course effrénée aux profits, la pression économique attise les tensions entre ceux qui subissent le plus durement la précarisation de leurs vies. De sorte que le quotidien de millions de personnes se résume à la guerre de tous contre tous.
L’intérêt de ceux qui ne font pas partie du cercle restreint des puissants se- rait bien sûr de ne pas entrer dans ce cycle infernal, malheureusement, il en va autrement. Quand il devient impossible de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, quand les options sont rares, quand le capitalisme fait régner la terreur de la galère et impose l’emprise de l’individualisme généralisé, il s’avère difficile de résister seul à la logique de mise en concurrence des intérêts personnels, et chacun essaie de s’accrocher aux opportunités laissant espérer des chances de ne pas couler totalement (...)
Nous avons reçu des nouvelles de vous à propos de la lutte et de la résistance que vous maintenez pour la défense de la terre et contre l’imposition par les pouvoirs factices d’un projet d’aéroport à des fins commerciales et uniquement pour les bénéfices des transnationales.
Nous savons qu’il y a de grandes différences entre vous et nous, comme la situation géographique, la langue, la couleur de la peau, la culture, le contexte historique, etc .etc.
Cependant ce qui nous unit est plus fort : la conscience que nous avons que c’est aujourd’hui qu’il faut agir, avec responsabilité et courage face à l’abus de pouvoir de ceux qui accumulent toutes les richesses, celles qui appartiennent aux peuples, car ils veulent tout transformer en marchandise et les vendre au plus offrant. (...)
Atenco. Le nom évoque sûrement quelque chose pour de nombreuses personnes : celui d’une grande lutte victorieuse au Mexique contre un projet d’aéroport, l’image d’Epinal de machettes levées vers le ciel, le souvenir d’une répression d’Etat terrible en 2006, des images-chocs et des rencontres un peu déroutantes avec des personnes originaires ce village, venues à différentes reprises témoigner dans divers endroits de France et d’Europe de leur lutte, de leur histoire, et de la campagne politique menée ces dernières années afin d’obtenir la libération des prisonniers victimes de la répression de 2006.
Mais au quotidien, Atenco, c’est avant tout le nom d’une grosse bourgade paysanne située dans la banlieue nord-est de la ville de Mexico, entourée par une grande rocade routière, sorte d’équivalent mexicain de l’A86 parisienne. Une bourgade comme il y en a beaucoup d’autres dans tout le Mexique... à ceci près que celle-ci et les hameaux qui l’entourent conservent encore et toujours les énormes terres agricoles dont on déjà été dépossédés la plupart des villages environnants, désormais noyés dans la grande nappe urbaine de l’hyper-mégalopole mexicaine. Du nord-ouest au nord-est, Naucalpan : 800 000 habitants, Tlalnepantla : 600 000, Tultepec : 500 000, Coacalco : 450 000, Ecatepec : 2 millions... Atenco : 50 000, tout au plus (...)
Mines, centres touristiques, routes, ports, projets immobiliers juteux, et tout ce qui peut leur venir à l’esprit dans des territoires qui ne leur appartiennent pas, tout cela est planifié, et bien souvent déjà en état de marche sur des terres communales des peuples indiens. C’est le cas de l’entreprise Casas GEO qui a planifié la construction de 7 000 logements au-dessus du territoire sacré de plusieurs communautés de l’État du Morelos, sur la colline de La Tortuga, commune de Zacatepec.
Mais ici, comme dans de nombreux endroits du Mexique, les entreprises et les gouvernements se heurtent à la résistance de peuples qui défendent ce qui leur appartient. Et, c’est précisément pour s’organiser, échanger des expériences de lutte avec d’autres communautés et élaborer des propositions communes pour éviter la spoliation que l’Assemblée des Peuples de Morelos se réunit ce samedi dans le lieu connu comme « Matarratera » où campent les protestataires. (...)
Quand nous parlons de richesse culturelle, nous risquons de patiner en surface. On dit que le Mexique est reconnu dans le monde comme siège d’une grande diversité de cultures. Ce qu’on s’évertue à promouvoir depuis les institutions officielles comme « la richesse de nos peuples » n’est que pure curiosité touristique et discours folklorique, qui omettent la reconnaissance constitutionnelle du droit des peuples indigènes à conserver et améliorer leur habitat et à préserver l’intégrité de leurs terres. Rien de moins que ce sur quoi se dresse précisément la conscience de leur identité indigène, pour ne pas parler du patrimoine intangible de leurs savoirs pluriterrestres et anthropocosmiques.
Quelle est la source nourricière des savoirs à la fois ancestraux et extrêmement novateurs des peuples originaires ? Quelle est cette braise ardente qu’il vaut la peine de défendre dans les termes de la libre détermination mentale et de l’autonomie des esprits libres, obligés par conséquent à la solidarité avec ces Mexicains dont l’expérience s’est forgée dans l’offense et la discrimination, dans la spoliation de leurs terres et le déni de justice ? (...)
Ces jours-ci, la résistance des peuples indiens et leur lutte pour l’autonomie prend différentes formes d’expression importantes dans l’ensemble du pays, que ce soit pour la défense ou pour la récupération de leurs territoires, pour que l’on reconnaisse leurs autorités traditionnelles ou pour créer de nouveaux moyens de communication.
Début février, le nouveau grand conseil de la communauté purepecha de Chéran élu par le droit coutumier le 22 janvier sera investi. Le 5 février, les autorités entreront en fonction, c’est un fait inédit dans l’histoire du Michoacan. L’organisation communautaire a obligé l’organisme électoral de l’État à valider un processus qui renforce l’autonomie de ce peuple ravagé par le crime organisé. (...)
San Patricio, communauté autonome zapatiste. Septembre 2011, les paramilitaires issus des communautés voisines d’Unión Hidalgo, Ostelucum et El Porvenir tentent d’expulser les compañeros zapatistes de leurs terres. Le Conseil de bon gouvernement « Nueva semilla que va a producir » dénonce cette situation et lance un appel à la solidarité. La « Red contra la represión-Chiapas » organise alors, dès le mois d’octobre, des brigades d’observation et de solidarité.
En ce mois de janvier 2012, nous formons avec deux autres mexicains, la 9e brigade à San Patricio.
San Patricio, base de soutien zapatiste, est situé sur le territoire de Roberto Barrios, Caracol V “Que habla para todos “ dans la zone Chol. La communauté autonome plantée sur les bords de la rivière Sabanilla, fait partie du MAREZ, La Dignidad. Il s’agit de terres récupérées lors de l’insurrection de 1994. Les zapatistes s’y sont installés en tant que communauté en 1996. Dès sa création, la communauté a subi des agressions de la part des groupes paramilitaires, notamment Paz y Justicia. La résistance pour préserver ces terres récupérées sur la propriété d’un grand éleveur, constitue la mise en application du célèbre cri “Tierra y Libertad” d’Emiliano Zapata. Avoir une terre pour obtenir sa liberté. Ici, la terre n’a pas d’autre vocation que de nourrir ceux qui la travaillent. L’ensemble des parcelles a été distribué pour que chaque famille puisse planter sa milpa. D’autre part, la communauté possède collectivement une quarantaine de têtes de bétail. (...)