Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

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Nouvelles agressions contre les communautés autochtones en résistance

Déclaration commune du CNI-CIG et de l’EZLN

jeudi 14 novembre 2019

Déclaration commune du CNI-CIG et de l’EZLN concernant les récentes agressions de la part des capitalistes, de leurs gouvernements et leurs cartels, contre les peuples originaires du Mexique

Aux peuples du monde
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Nous, peuples, nations, tribus et quartiers du Congrès National Indigène - Conseil Indigène de Gouvernement et de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, nous condamnons les événements présentés ci-dessous :

Photo : Répression par la Garde Nationale [1] des communautés originaires du peuple nahua de Juan C. Bonilla

  • Nous dénonçons l’attaque par la police fédérale, la police régionale de Puebla et la Garde Nationale des communautés originaires du peuple nahua de San Mateo Cuanalá, San Lucas Nextetelco, San Gabriel Ometoxtla, Santa María Zacatepec et du quartier José Ángeles, municipalité de Juan C. Bonilla [Puebla] qui le 30 octobre dernier ont été tabassées et ont reçues des tirs de flashball, y compris sur des enfants, des femmes et des personnes âgées.

Le déploiement des forces répressives contre les compañeros vise à concrétiser l’empoisonnement de la rivière Metlapanapa, dans le cadre du Projet Intégral de construction du système d’évacuation des eaux usées de la zone industrielle de Huejotzingo, dite "Cité du textile", dans l’état de Puebla [2]

Ce projet fait lui-même partie du méga-projet d’infrastructure urbano-industriel connu sous le nom de Projet Intégral Morelos, qui a déjà coûté la vie au compañero Samir Flores.

Photo : Attaque de la Garde Nationale contre les communautés originaires du peuple nahua de la municipalité de Juan C. Bonilla

  • Nous condamnons la lâche attaque subie par la communauté wixárika et tepehuana de San Lorenzo de Azqueltán, municipalité de Villa Guerrero, Etat de Jalisco, perpétrée le 3 novembre dernier par les caciques Fabio Ernesto Flores Sánchez (alias La Polla), Javier Guadalupe Flores Sánchez et Mario Flores, qui, à bord de trois pick-up et accompagnés de personnes armées ont tendu une embuscade aux comuneros et aux autorités traditionelles de la communauté ; agissant en totale impunité, ils ont tabassé et grièvement blessé les compañeros Ricardo de la Cruz González, Noé Aguilar Rojas et Rafael Reyes Márquez, encore aujourd’hui sous attention médicale.

Ces tentatives d’homicide, qui restent ouvertement impunies, sont orchestrées dans le but d’arrêter la digne et historique lutte pour la terre, celle-là même qui est convoitée par ceux qui, parce qu’ils possèdent l’argent, prétendent être les propriétaires de la région et qui ont toujours pu compter sur la pleine complicité des instances de gouvernement qui cherchent à faire des millions de chiffre d’affaire avec la terre communale, en prétendant effacer l’histoire du peuple tepecano.

  • Nous exigeons la présentation en vie des compañeros Carmelo Marcelino Chino et Jaime Raquel Cecilio du Front National pour la Libération des Peuples dans l’état de Guerrero, qui sont portés disparus depuis le 22 octobre dernier, alors que, venant d’Acapulco, ils se dirigeaient vers la localité de Huamuchapa. Cet acte criminel s’ajoute à la criminalisation, à la persécution, à l’assassinat et la disparition de ceux qui, dans l’état de Guerrero et partout au Mexique, luttent pour le respect des territoires indigènes contre la dévastation capitaliste.

  • En outre, nous dénonçons la détention et la disparition durant plusieurs heures du compañero Fredy García du Comité de Défense des Droits Indigènes (CODEDI), aux mains d’agents policiers de l’état d’Oaxaca, après qu’il se soit rendu à une soi-disante réunion de travail avec des fonctionnaires du gouvernement, en lui imputant des accusations absurdes visant à criminaliser la digne lutte du CODEDI et du compañero Fredy García contre la spoliation et la répression capitalistes. Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de notre compañero Fredy García !!

Les capitalistes, leurs cartels et leurs gouvernements imposent la mort en se servant de groupes armés, qu’ils soient du mauvais gouvernement ou qu’ils soient des groupes de choc ou de criminels, afin de spolier les peuples indigènes. Pour nous les peuples, il n’y a que violence, terreur et indignation ; pour eux, c’est l’impunité et la garantie que leurs crimes se traduiront en profits sur le dos de peuples entiers.

Cordialement
Novembre 2019

Pour la reconstitution intégrale de nos peuples
Plus jamais un Mexique sans nous

Congrès National Indigène
Conseil Indigène de Gouvernement
Armée Zapatiste de Libération Nationale

Source : Congrès National Indigène et Enlace zapatista


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[1Note : selon Lopez Obrador, la "Garde Nationale" créée à sa propre initiative et composée essentiellement de personnel militaire sur un modèle proche de celui de la gendarmerie française, serait censée "ne jamais servir à réprimer le peuple". Le Congrès National Indigène a quant à lui dénoncé à maintes reprises que les zones de déploiement de cette nouvelle "garde nationale" correspondent plus aux intérêts géostratégiques et commerciaux du grand capital qu’à la lutte contre les cartels de la drogue et les groupes criminels

[2la création et l’agrandissement constant, à proximité des communautés paysannes nahuas de San Mateo Cuanalá, San Lucas Nextetelco, San Gabriel Ometoxtla et Santa María Zacatepec, d’une zone indusrielle de plusieurs dizaines d’hectares a entrainé la contamination des sols et des eaux fluviales de la région de Huejotzingo, à proximité de l’aéroport international de Puebla. Afin de faciliter le drainage des eaux de pluie et empêcher la formation d’un lac aux abrods de l’aéroport, les autorités de l’Etat et le président municipal du parti MORENA tentent d’imposer depuis mai 2019 le déversement des eaux contaminées dans la rivière Metlanapa, dont les eaux irriguent les terres agricoles des commmunautés environnantes.

La révolte des villages de Juan C. Bonilla s’est manifesté depuis août dernier par l’occupation du palais présidentiel, le blocage des travaux de construction, la mise en place d’un campement permanent de résistance et la volonté de créer un conseil autonome régi par us et coutumes. C’est dans ce contexte que le 30 octobre dernier, une manifestation des villages environnants décidait de bloquer l’autoroute fédérale Mexico-Puebla et de bloquer le chantier de construction, avant d’être réprimée par la police de Puebla et la garde nationale, provoquant des affrontements de plusieurs heures. Depuis, le chantier reste bloqué par un campement permanent et une collecte locale de milliers de signatures exige la démission du maire de Juan C. Bonilla