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MEXICO : INVITATION DU CNI POUR PARTICIPER À L’ASSEMBLÉE NATIONALE DU CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE À L’OCCASION DE SON 30e ANNIVERSAIRE
mercredi 19 août 2026, par
Face à la guerre contre l’humanité, la parole des peuples fleurit —
Rappelant que :
PREMIÈREMENT. — Le 12 octobre 1996 est né le Congrès National Indigène (CNI), en tant qu’espace réunissant les voix des peuples indigènes de ce pays, en présence de notre grande sœur, la commandante Ramona, de l’Armée zapatiste de libération nationale. Notre message au monde, « Plus jamais un Mexique sans nous », reflétait des centaines et des milliers d’années : du passé abrite nos racines, au présent que nous construisons en luttant et vers l’avenir qui mise sur la vie et la liberté.
DEUXIÈMEMENT. – Notre première revendication de justice et de reconnaissance de nos droits en tant que peuples s’est transformée, face à la trahison de l’État mexicain, en exercice de l’autonomie et de l’autodétermination, sans demander la permission, sans demander pardon.
TROISIÈMEMENT. – La guerre d’extermination qui dure depuis plus de 500 ans, et que nous avons dénoncée et signalée au monde entier dans la nuit qui durait, a révélé son véritable visage : celui du capitalisme néolibéral, qui ne cesse de mener sa guerre contre l’humanité, contre la Terre Mère et contre la vie. Dans nos régions, cette guerre est menée par des caciques, des politiciens, des dirigeants et des entrepreneurs qui agissent contre nos peuples et vendent au plus offrant ce qui est sacré pour nous : la terre, l’eau, les arbres, les vies, l’avenir. À eux se sont joints des mercenaires, des tueurs à gages, des paramilitaires, des narco-paramilitaires, des armées et des coalitions d’armées, tous portant un seul et même visage : celui de la mort et de la destruction, celui du profit et de la corruption.
De même, en nous reconnaissant comme les peuples que nous sommes et considérant que :
PREMIÈREMENT. – La guerre totale contre les peuples s’étend à de nombreux coins du monde. Dans de nombreuses langues, on parle de spoliation, de cupidité, d’assassinat, de répression, de criminalisation, d’extermination et de génocide. Dans tous les cas, les puissants se sont servis des gouvernements pour instiller la peur et persécuter la conscience.
Le CNI fêtera ses 30 ans de résistance face à la guerre de conquête la plus sanglante jamais déchaînée contre nos peuples et contre les peuples du monde, dont l’expression la plus terrible est le douloureux génocide du peuple palestinien perpétré par le gouvernement des États-Unis d’Amérique et son partenaire, l’État sioniste illégitime d’Israël.
DEUXIÈMEMENT. – Nous, les peuples originaires qui composons le CNI, vivons une période de violence sans précédent depuis les grandes guerres de l’histoire de ce pays appelé le Mexique, aujourd’hui gouverné par un régime qui se qualifie lui-même de « Quatrième Transformation » et qui, de concert avec les cartels du crime organisé, sème la terreur dans les communautés. Le CNI fête son 30e anniversaire sous le joug d’un gouvernement qui dissimule sa participation à la guerre en distribuant des millions de pesos par le biais de multiples programmes sociaux et en tenant un discours de rejet du néolibéralisme sans pour autant y renoncer.
TROISIÈMEMENT. – Cette guerre capitaliste et patriarcale de conquête incessante se traduit, comme toute guerre, par des pertes humaines : jusqu’au premier semestre de cette année 2026, on dénombre au Mexique plus de 135 000 personnes disparues selon les données du Registre national des personnes disparues, le taux d’augmentation des disparitions ayant doublé ces dernières années. Et bien que cette année, selon les chiffres officiels, les homicides volontaires aient diminué, la moyenne reste scandaleusement élevée : 45,4 victimes par jour.
QUATRIÈMEMENT. – La militarisation du territoire national, la remise de secteurs clés de notre économie à la SEDENA et à la SEMAR, l’impunité dont bénéficient les militaires face à leur implication dans des crimes aussi brutaux que la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa, ou encore la prédominance croissante du crime organisé dans les activités économiques du pays, dans ses structures gouvernementales et ses processus électoraux à tous les niveaux, ainsi que la circulation massive de drogues dans les communautés et les villes, illustrent de manière éclatante que le Mexique est un pays en proie à la guerre.
CINQUIÈMEMENT. – La spoliation des terres et des territoires de nos peuples occupe une place centrale dans cette guerre de conquête capitaliste. Elle se traduit par un remaniement en profondeur du territoire national, de ses populations, des flux migratoires, des frontières et des régions, impulsé par certains mégaprojets qui obéissent aux intérêts des États-Unis d’Amérique et des grandes multinationales. Parmi ceux-ci figurent le Train Maya, le Corridor interocéanique de l’isthme de Tehuantepec et le Projet intégral de Morelos ; ou encore, par le biais de multiples programmes régionaux d’aménagement du territoire et de projets d’infrastructure, immobiliers, extractivistes ou de transport d’hydrocarbures.
La privatisation croissante et l’accaparement de l’eau sont scandaleux, tout comme l’utilisation des cours d’eau pour y déverser des déchets industriels dans tout le Mexique au profit des grandes multinationales. Ce processus s’est accentué avec la consolidation du régime de concessions issu de la contre-réforme constitutionnelle de 1992 et de la loi sur les eaux nationales qui a suivi. La cession de l’eau à des intérêts privés est passée de 600 concessions à plus de 500 000 aujourd’hui.
La proposition actuelle de projet de loi générale sur les droits des peuples originaires et afro-mexicains, qui vise à réglementer l’article 2 de la Constitution, cherche à aggraver la spoliation et la condition coloniale de nos peuples par le biais d’une reconnaissance de façade de nos droits, tandis que la vie interne et l’autonomie de nos communautés font l’objet d’une intervention violente de la part de l’État, nos droits consacrés par les conventions internationales sont restreints, et nos territoires, notre culture et nos savoirs ancestraux sont livrés à la merci des politiques néolibérales, des intérêts des entreprises et du marché. Il s’agit d’une proposition législative néo-indigéniste et coloniale agressive, approuvée par ceux qui, historiquement, se sont opposés à la reconnaissance de nos droits : les multinationales, les chambres de commerce et les hautes sphères militaires.
SIXIÈMEMENT. - Dès sa création, le CNI a soutenu diverses initiatives lancées par l’EZLN visant à exiger l’intégration des Accords de San Andrés dans la Constitution fédérale afin de reconnaître certains droits fondamentaux de nos peuples, initiatives qui ont abouti à la Marche de la couleur de la terre entre mars et avril 2001 et au Troisième Congrès National Indigène dans la communauté purépecha de Nurío.
Finalement, les Accords de San Andrés ont été trahis par les partis politiques avec la réforme indigène du 28 avril de cette même année, ainsi que par les pouvoirs de l’État mexicain qui n’ont pas hésité à la valider, tous subordonnés aux intérêts des hautes sphères militaires et des grandes entreprises, toujours opposés à la moindre reconnaissance des droits autochtones, notamment ceux relatifs aux terres et aux territoires de nos peuples. C’est ainsi que le CNI est passé de l’exigence de la reconnaissance des droits à leur exercice par la force des faits.
En 2006, dans la communauté hñahñu de San Pedro Atlapulco, lors de son quatrième congrès, le CNI a souscrit à la Sixième Déclaration de la forêt lacandone de l’EZLN, répondant ainsi à l’appel qui y était lancé de former une force politique anticapitaliste et de gauche.
En 2016, le CNI a décidé de créer un Conseil indigène de gouvernement (CIG) qui a désigné comme porte-parole une femme indigène, María de Jesús Patricio, et l’a proposée comme candidate à la présidence de la République. Les objectifs anticapitalistes et antipatriarcaux poursuivis par cette proposition n’avaient rien à voir avec une démarche électorale, mais visaient à tirer parti de cet espace pour remettre à l’ordre du jour politique national, comme cela s’était produit en 1994, les problématiques et les revendications des peuples originaires face à la tempête déclenchée par la guerre capitaliste et patriarcale.
SEPTIEMEMENT.- Cette histoire de résistance de plus de 500 ans, ces 30 premières années du CNI, nous enseignent que, dans chacune de nos régions, nous, les peuples, continuons, à notre manière, à notre rythme et selon nos propres formes, à défendre la vie collective, au prix même de la nôtre.
HUITIÈMEMENT. – Au fil de ces années, l’accompagnement et la solidarité de milliers de personnes au Mexique et dans le monde, qui ont apporté à notre espace et à nos propositions leur soutien désintéressé et sincère, ont été tout aussi importants que la présence et la résistance de nos peuples. Leur engagement a fait contrepoids aux tentatives de cooptation, de division et d’anéantissement menées par les mauvais gouvernements, toujours au service des intérêts capitalistes.
Cet accompagnement solidaire, tissé au-delà des frontières à travers le monde entier, a encouragé la lutte du CNI et lui a réaffirmé sa conviction que la lutte pour la liberté et la vie n’est pas une question de couleur de peau, de genre, de race ou de frontières, mais une question d’humanité.
Tout comme nous avons reçu la générosité de tant de côtés, nous nous sommes également efforcés d’offrir notre solidarité, et plus particulièrement, nous avons gardé dans nos cœurs, dans notre mémoire et dans notre combat la douleur de milliers de personnes qui, principales victimes de la guerre capitaliste, ont perdu leurs proches en Palestine, au Mexique et aux quatre coins du monde. Chaque jour, nous tirons des leçons de la dignité et du courage que nous enseignent les collectifs de mères, de pères et de familles à la recherche de leurs proches, tout comme nous tirons des leçons de la lutte inlassable des mères et des pères des 43 étudiants d’Ayotzinapa.
NEUVIÈMEMENT. – La lutte du CNI a confirmé, au cours de ces 30 dernières années, que nous avons notre propre voix, notre propre histoire, notre propre vocation et notre propre destin. Nous nous sommes battus pour rester indépendants de l’État et des différents gouvernements. Nous ne dépendons ni de dirigeants ni de porte-parole. Les peuples originaires, les nations, les tribus, les quartiers et les organisations du CNI sont ce qu’ils sont. Notre cheminement est collectif, et non individuel, et ne dépend d’aucun programme partisan ou religieux.
DIXIÈMEMENT. – Au vu de tout ce qui précède, nous affirmons que le moment est venu de nous réunir pour dialoguer et nous écouter en tant que peuples, pour faire le point sur nos erreurs et nos réussites, et pour renforcer nos espaces internes, nos réseaux et nos alliances. Le moment est venu de réaffirmer nos principes et nos engagements envers la vie, ainsi que de transmettre aux nouvelles générations ce que nous avons construit au fil des décennies ; nous affirmons que le moment est venu de nous réunir en congrès et de montrer au monde que nos paroles se traduisent en une action collective et organisée face à cette grande tragédie capitaliste. C’est pourquoi, 30 ans après ce premier Congrès national indigène, nous publions la présente :
APPEL
ADRESSÉE AUX PEUPLES, TRIBUS, NATIONS, COMMUNAUTÉS, QUARTIERS ET ORGANISATIONS QUI MARCHENT AU CÔTÉ DU CNI POUR PARTICIPER À L’ASSEMBLÉE NATIONALE DU CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE À L’OCCASION DE SON 30e ANNIVERSAIRE
Qui se tiendra les 10, 11 et 12 octobre 2026 à la Maison des Peuples et des Communautés Indigène « Samir Flores Soberanes », située au 343, avenue México-Coyoacán, dans le village de Xoco, arrondissement de Benito Juárez, à Mexico, selon l’ordre suivant :
10 octobre
Arrivée et enregistrement des déléguées et délégués des peuples membres du CNI et des conseillers du CIG.
Séance plénière d’ouverture.
Ateliers
11 octobre
Ateliers.
Séance plénière de travail
12 octobre
Séance plénière de travail.
Séance plénière de clôture de l’Assemblée.
Clôture et célébration.
Le programme de l’Assemblée sera publié après la présente convocation. Nous demandons aux délégations des peuples, tribus, nations, communautés, quartiers et organisations participant au CNI de confirmer sans délai leur présence par e-mail à l’adresse suivante :
Les séances de travail des 10 et 11 octobre seront réservées exclusivement aux délégué·e·s du CNI et aux conseiller·ère·s municipaux·ales du CIG. Pourront y participer en tant qu’observateurs·trices les personnes expressément invité·es par la Commission de coordination et de suivi du CIG/CNI, ainsi que les membres du collectif « Llegó la Hora de los Pueblos », les membres des différents réseaux de soutien au CIG, les collectifs et les personnes de la Sixième Déclaration nationale et internationale, ainsi que les signataires de « Une déclaration pour la vie sur les cinq continents » qui auront préalablement confirmé leur présence par e-mail à l’adresse suivante :
Les séances plénières d’ouverture et de clôture seront publiques.
SOLIDAIREMENT,
Août 2026
POUR LA RECONSTITUTION INTÉGRALE DE NOS PEUPLES
JAMAIS PLUS UN MEXIQUE SANS NOUS
COMMISSION DE COORDINATION ET DE SUIVI DU CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE
Voir en ligne : Communiqué officiel
Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte