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Au sujet de l’assassinat de deux leaders wixárika

lundi 5 juin 2017

traduction d’un article de Luis Hernández Navarro publié dans le quotidien mexicain La Jornada

Les assassinats de Miguel et Agustín Vázquez Torres

C’est par un groupe de tueurs à gages que Miguel Vázquez Torres a été assassiné, dans le village de Kuruxi Manuwe (Tuxpan de Baños), Jalisco. Aux environs de six heures du soir le 20 mai dernier, ceux-ci ont tiré sur lui avec des armes de gros calibre. Les assassins se sont enfuis dans une camionnette Toyota Tacoma. Gravement blessé, Miguel fut transféré dans un centre de santé, mais n’a pas survécu. Sur place, les mêmes agresseurs mirent également fin aux jours de son frère, Agustin.

Miguel avait 30 ans et était instituteur dans la localité de Barranquillas. Entre 2014 et mars 2017, il fut président des biens communaux du village wixárika de Wuaut+a, San Sebastián Teponahuaxtlán, démarcation indigène qui inclue la municipalité de Tuxpan de Bolaños. A la tête de la commission communale, il a mis en place des programmes de santé, d’éducation, de développement et d’infrastructure pour la région. Agustín, la quarantaine, était engagé au sein de la communauté et était défenseur des droits humains, ainsi que promoteur des droits indigènes.

La communauté wixárika de San Sebastián mène une longue lutte en défense et pour la récupération de ses terres, occupées par des petits propriétaires métis de Huajimic et de Puente de Camotlán, municipalité de La Yesca, Nayarit. Durant le mandat de Miguel, le 22 septembre 2016, la communauté avait obtenu la récupération des terrains de Piedra Bola et de Bola Negra, sur les flancs de la sierra de Pajaritos [la montagne des oiseaux]. Une action partie prenante d’un processus plus large, visant à la récupération par les indigènes de plus de 10 000 hectares de la communauté, envahis par les éleveurs.

Les assassins des frères Vázquez Torres travaillent pour le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) [1], dont fait partie Édgar Veytia, El Diablo, ancien procureur général de l’Etat du Nayarit, ennemi des wixaritari et allié des éleveurs de Huajimic. Le 29 mars dernier, El Diablo a été arrêté aux Etats-Unis. La cour de l’Etat de New York l’accuse de conspiration en vue de la production, de l’importation et de la distribution aux Etats-Unis d’héroïne, de cocaïne, de méta-amphétamines et de marijuana.

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Édgar Veytia, Ancien procureur, aujourd’hui El Diablo, le Carrefour giratoire patrons/grands-propriétaires/narco/Etat

En plein conflit agraire, le procureur Édgar Veytia avait suggéré aux petits propriétaires, afin de mettre un terme aux réclamations agraires des wixaritari, de les dénoncer pour vol de bétail et de semer du pavot sur leurs terres, afin de pouvoir les inculper pour trafic de bétail et narcotrafic. Il leur avait dit : semez du pavot, semez de la marijuana, et nous, nous accuserons les indigènes.

San Sebastián a subi durant plus d’un siècle les agressions des éleveurs métis venus envahir leurs terres. Selon les dires de Ramón Vera, qui a écrit la chronique de cette résistance dans l’article Breve historia de una invasión continua, l’histoire de ces abus des éleveurs est ponctuée d’assassinats, d’incendie de maisons, de bétail lâché sur les terres de culture, de personnes ligotées et trainées au sol par des chevaux, voire pendues à leurs propres arbres. Durant de nombreuses années, le territoire wixaritari a été dévasté par la coupe clandestine des forêts et le saccage des nappes phréatiques. Leurs terres ont été érodées par l’élevage et la culture intensive et extensive, au point que dans les zones les plus dévastées il y a de fréquents affaissements de terrain, ce qui rend le contexte écologique extrêmement fragile. Tout cela fut encouragé par des politiciens et des gouverneurs locaux et étatiques ayant couvert cette situation et joué un rôle actif à différentes périodes historiques (https://goo.gl/vDmlDU).

Mais, malgré cela, la résistance indigène contre la spoliation de leurs terres et de leurs territoires a été exemplaire. Avant que le tribunal agraire numéro 56 de Tepic restitue au patrimoine de la communauté les terrains de Bola Negra et Piedra Bola, la communauté avait réussi, simplement entre 1997 et 2004, à récupérer plus de 50 000 hectares envahis, au profit de plus de 2700 comuneros et de leurs familles.

Le racisme et le mépris des petits propriétaires envers les huicholes est anthologique. « Ils sont une épidémie » avait affirmé au reporter Agustín Castillo Alejandro Quintanilla Barajas, un des grands propriétaires de la région. Et à Alejandra Guillén, l’éleveur avait expliqué : ce sont des fainéants qui passent leur temps à faire la fête. « C’est un peuple très prolifique, c’est pour cela qu’il convoite toutes nos terres. On devrait les interdire d’avoir autant d’enfants, ce sont des gens très holgazana ».

Mais ce n’est pas seulement la terre qui est source de disputes dans cette région. Les ressources minières (métallifères ou non) qui gisent dans le sous-sol ont éveillé les appétits d’autres acteurs. En novembre 2002, le sous-secrétaire général au gouvernement du Nayarit, Héctor Medina, anticipait que dans la sierra du Nayarit différentes sources de conflit avait été détectées dues à la présence de manganèse dans cette région. Sur place, certaines personnes attentives à la situation disent que l’exploration menée par les sociétés minières pourrait permettre à terme de dégager plus de 100 camions par jour de ce minerai.Mais pour le moment, les comuneros ont dit « Non » à l’exploitation minière.

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Résistance indigène à Huajimic

Les 184 hectares récemment récupérés se trouvent dans une zone inhospitalière. La seule manière de s’approvisionner en eau et en alimentation est de se rendre à Huajimic. Et les wixaritari qui vivent sur place se voient interdire leur libre transit, ainsi que la vente d’aliments. En collusion avec les petits propriétaires, les autorités du Nayarit autorisent la commission de tout type d’abus à l’encontre des indigènes.
C’est la raison pour laquelle, face à ce climat de harcèlement et de violence et à l’abandon des autorités gouvernementales de leur obligation à garantir la sécurité des citoyens et des villages, à la fin de l’année précédente l’assemblée de la communauté de San Sebastián a annoncé la formation d’une auto-défense wixárika afin de défendre les terres et protéger l’intégrité physique des comuneros.

Les assassinats de Miguel et d’Agustín Vázquez Torres sont partie prenante de la guerre non déclarée contre les peuples indiens en cours dans le pays. Une guerre dans laquelle la sainte alliance des politiciens, des autorités gouvernementales, des narcotrafiquants, des petits propriétaires et des patrons des entreprises minières prétend spolier les peuples originaires de leurs terres, de leurs territoires et de leurs ressources naturelles.

Luis Hernández Navarro, section “Opinion” du quotidien La Jornada en date du 23 mai 2017.

Twitter : @lhan55

Traduction 7NubS


[1Surgi à Jalico et au Veracruz en 2010, dans le contexte des affrontements entre les Zetas et le cartel de Sinaloa, le Cartel Jalisco Nueva generacion est aujourd’hui considéré comme l’un des plus puissants du Mexique. Sa base opérationnelle se situe autour du port d’Hermosillo et des Etats du Jalisco, du Nayarit et du Colima, mais il est aujourd’hui présent dans de très nombreux Etats du Mexique